V è PENTECOTE

Ve DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE

Nous poursuivons aujourd’hui, avec le Ve dimanche après la Pentecôte, la longue série des dimanches de ce temps liturgique. Ce temps après la Pentecôte qui couvre à lui seul à peu près la moitié de l’année liturgique, représente tout la vie de l’Église sur la terre.

Les chants de cette période, pour la plupart extraits des psaumes, expriment tour à tour l’adoration, la louange, l’action de grâces, la confiance, la contrition, la supplication etc, autant de sentiments qui doivent habiter l’âme du chrétien durant son séjour ici-bas, sentiments très variés qui ne rendent jamais monotone cette longue série.

Nous avons déjà constaté que c’est la confiance en Dieu qui domine en ces 1ers dimanches après la Pentecôte, en particulier dans le psaume 26, composé par David au milieu de grandes épreuves et dont nous avions entendu le début dans l’introït du IVe dimanche. Il constituera le texte de l’introït, et de la communion du dimanche qui nous intéresse aujourd’hui.

Ce psaume comporte deux parties ; la première est l’affirmation de cette confiance, la seconde est la prière qui en résulte pour demander à Dieu sa protection.

Le texte de l’introït de ce jour se situe au début de cette deuxième partie du psaume 26 :

Exáudi Dómine vocem meam qua clamávi ad te

Seigneur écoutez ma voix qui crie vers vous

Adjútor meus esto ne derelínquas me,

Soyez mon secours, ne m’abandonnez pas,

Neque despícias me, Deus salutáris meus.

Ne me repoussez pas, Dieu qui êtes mon salut.

On pourra remarquer que la première phrase était déjà celle de l’introït du dimanche après l’Ascension, mais c’était surtout à cause de la phrase suivante : « Seigneur je cherche votre visage », qui exprimait la prière des apôtres quelque peu désemparés après le départ de leur maître. Ici on ne retrouve pas cette deuxième phrase, et on passe directement au verset suivant du psaume, qui est un appel au secours, mais plein de confiance.

La mélodie de cette prière est dans l’ensemble calme et douce mais très expressive avec des accents bien soulignés, une montée suppliante sur l’appel au secours qui débute la deuxième phrase et un bel élan de confiance à la fin sur les mots salutáris meus.

Cet introït, est accompagné par le premier verset du psaume 26, par lequel débutait l’introït du IVe dimanche :

Dóminus illuminátio mea, et salus mea : quem timébo ?

Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur ?

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Le texte du graduel de ce dimanche est encore une prière adressée à Dieu pour lui demander sa protection. Mais il s’agit cette fois d’une prière collective.Il est extrait du psaume 83, Quam dilécta tabernácula tua, dans lequel le peuple d’Israël, exilé loin de Jérusalem et du Temple, exprimait son ardent désir de revoir la maison de Dieu.

Protéctor noster áspice, Deus, et réspice super servos tuos.

Dieu notre protecteur, regardez et jetez les yeux sur vos serviteurs.

Dómine Deus virtútum, exáudi preces servórum tuórum.

Seigneur, Dieu des armées célestes, exaucez les prières de vos serviteurs.

Il faut remarquer que les derniers mots de la première partie, super servos tuos, ne figurent pas dans le psaume, qui dit : réspice in faciem Christi tui, jetez les yeux sur le visage de votre oint. L’oint du Seigneur c’était le roi d’Israël, qui adressait cette supplication. On trouvera d’ailleurs ce texte exact à l’introït du XIVe dimanche après la Pentecôte. Quant aux motssuper servos tuos ils sont repris identiquement, texte et mélodie, au graduel du VIe dimanche après la Pentecôte, que nous entendrons la semaine prochaine, où ils sont bien à leur place dans le psaume. Il semble qu’il y ait eu ici une volonté d’insister sur ce mot de serviteur car à la fin du graduel également on chante exaucez les prières de vos serviteurs, alors que le psaume dit seulement exaucez ma prière. Les serviteurs de Dieu ce sont ceux qui sont à son service, c’est nous tous en un certain sens, mais ce sont plus spécialement les âmes qui lui sont consacrées, à la prière desquelles nous nous unissons, pour le peuple de Dieu c’est-à-dire l’Église qui en a plus que jamais besoin. Non seulement les mots super servos tuos ont exactement la même mélodie que dans le graduel de dimanche prochain, mais d’une façon générale nous nous trouvons dans une série de dimanches où les graduels se ressemblent beaucoup, et les mêmes formules reviennent, notamment quelques grandes vocalises. Mais chaque mélodie est parfaitement adaptée au texte correspondant.

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Le texte de l’alléluia de ce Ve dimanche après la Pentecôte, est formé du premier verset du psaume 20, et on peut noter qu’à partir de ce dimanche et jusqu’à la fin du temps après la Pentecôte, tous les versets d’Alléluia, sauf rares exceptions, ont pour texte le début d’un psaume dans l’ordre du psautier. Celui-ci est un chant d’action de grâces de David, roi d’Israël, pour une grande victoire que Dieu lui a accordée sur ses ennemis.

Dómine, in virtúte tua lætábitur rex

Seigneur le roi se réjouit de votre puissance

Et super salutáre tuum exsultábit veheménter.

Il exulte avec force pour le salut que vous lui avez accordé.

C’est donc un chant de reconnaissance et de louange à la toute-puissance divine pour toutes les grâces et les bienfaits dont elle nous a comblés.

La mélodie de cet alléluia est assez extraordinaire et l’on n’en retrouve pas de semblable dans le répertoire. Notons d’abord pour les connaisseurs que c’est le seul alléluia du sixième mode, et encore s’agit-il ici d’un sixième mode assez particulier. Les commentateurs de cette pièce, unique en son genre, ne sont pas parvenus à trouver son origine. Elle est en tout cas fort belle, agréable à chanter car son ambitus de mode majeur la rend plus accessible à nos oreilles modernes. Cette pièce n’est toutefois pas récente ; on la trouve dans les plus anciens manuscrits. Écoutez cette mélodie ample, solennelle et enthousiaste, dont les larges vocalises balayent toute l’octave et même au-delà et qui convient parfaitement pour exprimer les sentiments de louange et de reconnaissance du texte.

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Les paroles de l’offertoire proviennent du psaume 15, prière du juste exprimant sa confiance en Dieu. Il sait que s’il s’appuie sur le Seigneur, il sera en sécurité. Saint Pierre a cité ce psaume dans son discours du jour de la Pentecôte en le mettant dans la bouche du Christ dont il prophétise la résurrection, et les versets qui sont chantés aujourd’hui se trouvent au début de la citation de saint Pierre, avant cette prophétie.

Benedícam Dóminum qui mihi tríbuit intelléctum…

Je bénis le Seigneur qui me donne l’intelligence ; je vois toujours Dieu devant moi en ma présence, car il se tient à ma droite pour que je ne trébuche pas.

L’intelligence signifie que le Seigneur nous éclaire pour que nous sachions ce que nous devons faire. En ce temps liturgique qui figure le long cheminement de l’Église sur cette terre au milieu de bien des embûches, chacun de nous peut faire sienne cette prière, demandant au Seigneur son assistance et la lumière pour y voir clair. Illúmina óculos meos, chantions-nous déjà dans l’offertoire de dimanche dernier. La mélodie de celui-ci est très fervente et pleine de grands élans. On ne compte pas moins de sept montées successives, mais à la fin au contraire elle s’apaise et devient presque immobile sur les mots ne commóvear = pour que je ne trébuche pas en une longue contemplation pleine d’assurance.

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Nous retrouvons le même psaume qu’ l’introït, le psaume 26 qui est comme nous l’avons vu, très utilisé dans ces premiers dimanches après la Pentecôte ; ce sera encore celui de la communion de dimanche prochain, ce qui montre bien que la confiance en Dieu qu’exprime ce psaume est le sentiment dominant de cette période de l’année liturgique. L’antienne de communion de ce jour est tirée de la première partie du psaume, à la suite de l’introït de dimanche dernier ; elle exprime la sécurité que l’on éprouve lorsqu’on est auprès du Seigneur dans sa maison, objet des désirs de David quand il a composé ce psaume.

Unam pétii a Dómino, hanc requíram ut inhábitem in domo Dómini ómnibus diébus vitæ meæ.

La seule chose que j’ai demandée au Seigneur, celle que je recherche, c’est d’habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie.

La maison du Seigneur, on le sait, c’est l’église de pierre avec un petit « é », c’est l’Église des âmes avec un grand « É », et c’est aussi le ciel, objet de nos désirs. Curieusement les deux phrases de cette petite antienne se terminent par deux longues cadences exactement semblables, avec des formules que l’on trouve habituellement dans les Répons, chants de méditation beaucoup plus ornés et contemplatifs. Pour le reste, la grande mélodie de cette antienne est assez légère avec seulement une grande montée insistante sur le mot hanc : la chose que je recherche.

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