SEXAGESIME

DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIME

Ce dimanche est le deuxième dimanche du Temps de la Septuagésime, … la Sexagésime.

Les chants de cette messe expriment notre misère d’une façon intense.

L’introït est un véritable appel poignant.

Dom Schuster nous dit même que cette pièce est triste, mais solennelle, tel qu’il convenait aux circonstances dans lesquelles la station fut instituée, c’est-à-dire quand les Lombards mettaient à feu et à sang une grande partie de l’Italie et menaçaient déjà la Ville Éternelle.

Le texte est pris du psaume 43 qui se termine par cet appel suppliant :

Exsúrge, quare obdórmis Dómine

Levez-vous, pourquoi dormez-vous Seigneur ?

Exsúrge, et ne repéllas in finem.

Levez-vous, et ne nous repoussez pas à jamais.

Quare fáciem tuam avértis, oblivísceris tribulatiónem nostram ?

Pourquoi détourner votre visage ? Oubliez-vous notre détresse ?

Adhǽsit in terra venter noster exsúrge.

Notre ventre est collé à terre.

Dómine, adjúva nos, et líbera nos.

Levez-vous Seigneur, secourez-nous et délivrez-nous.

La mélodie est magnifique ;

Le Père Perrodon du Grand Séminaire d’Orléans écrivait en 1941 :

« Voilà une des plus sublimes inspirations de nos vieux maîtres grégoriens.

De qui est-il donc ce dramatique Exsúrge qu’un Bach ou un Beethoveen n’ont peut-être pas surpassé ?

Quelle profondeur de détresse dans cet Adhǽsit in terra.

Puis soudain la mélodie se ressaisit avec le dernier irations de nos vieux maîtres grégoriens.

De qui est-il donc ce dramatique Exsúrge et tout s’apaise sur la finale concluante du 1er mode ».

Le verset est le début du psaume qui rappelle au Seigneur ses bienfaits passés.

Deus, áuribus nostris audívimus : patres nostri annuntiavérunt nobis.

Ô Dieu nous l’avons entendu de nos oreilles, nos pères nous l’ont raconté.

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Comme celui de l’introït, le texte du graduel est encore une prière collective. Il est tiré, du psaume 82, dans lequel le peuple d’Israël lance un appel à la toute-puissance divine pour qu’elle le délivre de ses ennemis, ceux qui refusent de reconnaître le seul vrai Dieu et de se soumettre à lui, ceux que le texte appelle les nations païennes, Gentes, mot qui a été rajouté à ce psaume guerrier.

Sciant gentes quóniam nomen tibi Deus : tu solus Altíssimus super omnem terram.

Que les nations sachent que votre nom est Dieu, vous seul êtes le Très-Haut sur toute la terre

Deus meus, pone illos ut rotam, et sicut stípulam ante fáciem venti.

Mon Dieu, faites-les tourner comme une roue, qu’ils soient emportés par le vent comme un fétu de paille.

Ces paroles s’appliquent particulièrement aujourd’hui à tous ceux qui veulent bâtir un monde sans Dieu et s’opposer à sa loi. Mais en ce temps de la Septuagésime, elles s’appliquent aussi aux ennemis de notre âme qui nous tiennent captifs du péché. Nous demandons au souffle de l’Esprit Saint de les balayer et de les emporter au loin. La mélodie est ample et solennelle avec de grandes vocalises. On remarquera surtout dans la deuxième partie celle du mot rotam qui s’élève dans l’aigu d’une façon exceptionnelle.

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Comme dimanche dernier, et comme il en sera ainsi jusqu’à Pâques, le graduel du dimanche de la Sexagésime n’est pas suivi d’un alléluia, mais d’un trait, composé de plusieurs versets sur une psalmodie très ornée. Celui de ce dimanche comporte trois versets tirés du psaume 59. Comme ceux de l’introït et du graduel c’est une prière suppliante du peuple d’Israël envahi et persécuté par ses ennemis.

Commovísti, Dómine, terram, et conturbásti eam.

Seigneur, vous avez ébranlé la terre et vous l’avez bouleversée.

Sana contritiónes ejus, quia mota est.

Guérissez ses blessures car elle est ébranlée.

Ut fugiant a facie arcus, ut liberéntur elécti tui.

Que vos élus échappent aux traits de l’arc qu’ils soient délivrés !

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Les deux derniers chants du propre de la messe du dimanche de la Sexagésime, l’offertoire et l’antienne de communion, sont nettement différents des trois premiers. Nous n’y retrouverons plus les appels suppliants du peuple de Dieu dans sa détresse, ce sont au contraire des prières personnelles pleines de confiance.

Le texte de l’offertoire est tiré du psaume 16, prière du juste, celui qui accomplit fidèlement la volonté de Dieu et fait valoir cette qualité pour obtenir d’être exaucé.

Pérfice gressus meos in sémitis tuis, ut non moveántur vestígia mea

Affermissez mes pas dans vos sentiers afin que ma démarche ne soit pas ébranlée.

Inclína aurem tuam, et exáudi verba mea : mirífica misericórdias tuas, qui salvos facis sperántes in te, Dómine.

Tendez l’oreille et écoutez mes paroles, faites éclater vos miséricordes, vous qui sauvez ceux qui espèrent en vous, Seigneur.

Cette demande s’exprime par une mélodie très calme et contemplative, comme c’est souvent le cas des offertoires, avec de nombreuses notes longues qui lui donnent un certain caractère d’immobilité marquant l’assurance du juste dans l’observation de la loi de Dieu.

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Comme l’offertoire, l’antienne de communion du dimanche de la Sexagésime est une prière personnelle, et non seulement on n’y retrouve pas la supplication et l’angoisse des premières pièces de la messe, mais cette petite antienne est même plutôt joyeuse. Le texte est bien connu puisqu’il est emprunté au psaume 42 que le prêtre récite au début de la messe.

Introíbo ad altáre Dei, ad Deum qui lætíficat juventútem meam.

Je m’avancerai vers l’autel de Dieu, vers Dieu qui réjouit ma jeunesse.

Cependant, il ne faut pas s’y tromper, ce psaume 42, qui n’est d’ailleurs que la suite du psaume 41, est la prière d’un malheureux exilé au milieu du peuple impie. Il se souvient de Jérusalem et des magnifiques cérémonies du Temple qui faisaient sa joie dans sa jeunesse, et il aspire à les retrouver. De même en ce temps de la Septuagésime, et de façon générale au milieu du monde impie où nous nous trouvons, et du péché qui nous enserre, nous aspirons à retrouver la jeunesse spirituelle dans la patrie céleste. C’est cet espoir qu’exprime la mélodie de cette antienne, joyeuse et affirmative. Ainsi s’achève la belle progression des chants de ce dimanche, depuis les appels angoissés de l’introït jusqu’à la confiance et l’espérance finale.

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